20 – La vie : Belle ? Bonne ? Grosse ?

20 – La vie : Belle ? Bonne ? Grosse ?

Après le souper, nos visiteurs s’installent confortablement sur le toit-terrasse de l’édifice des chambres communes pour goûter la tiédeur du soir et la splendeur du coucher de soleil. Frazier engage la conversation sur ce que serait la Bonne vie avec le philosophe Castle. Ce dernier croit qu’il y a une base rationelle à la Bonne vie mais plus il la cherche, moins il la trouve. Frazier est plus ouvert à l’évidence. La Bonne vie c’est la santé, un minimum de travail déplaisant, la possibilité d’exercer ses talents et habiletés, des contacts personnels intimes satisfaisants, un mode de vie qui fait la promotion de la détente et du repos. C’est tout. Ça ne relève pas d’une loi morale raisonnée ou révélée mais d’un travail d’observation, de design et d’expérimentation.

À Walden Two, on jouit de la Bonne vie qui y règne en adhérant à son Code, un ensemble de règles qui ont été adoptées, mises en place et promues comme ne pas parler aux étrangers des affaires de la communauté, ne pas commérer sur les relations personnelles des membres, ne pas attendre d’avoir été présenté pour parler à quelqu’un, ne pas être ennuyeux ou se laisser ennuyer. Ces règles sont discutées en réunion de temps à autres. Si jugé nécessaire, elles sont affichées ou publiées et pratiquées avec humour le temps qu’il faut. La société possède les techniques psychologiques appropriées pour amener l’observance générale d’un code mais aucun gouvernement n’accepte la responsabilité de construire les comportements menant à la Bonne vie avec un grand B dans leur état.

Qu’en est-il des membres au talent exceptionnel demande Castle, quels défis les font demeurer exceptionnels. La communauté n’a pas été créée pour eux mais pour une majorité qui n’aime pas particulièrement relever des défis, par exemple celle d’avoir à planifier. Cette majorité se contente de jouir d’un apport quotidien suffisant des bonnes choses de la vie. Cependant, les spécialement doués y ont leur place. Ils peuvent apprendre des divers gérants pendant des mois. Ils peuvent contribuer aux services d’éducation, de relations publiques ou de maîtrise de soi.

À Walden Two, faire fortune personnellement ou acquérir une réputation n’a pas de sens parce que ces deux choses se font finalement au détriment de la majorité. Les gens font de leur mieux envers tous en retour de ce qu’ils ont reçu de tous, sans tenir de comptabilité serrée. Si un gérant n’est pas à la hauteur, il est remplacé mais un membre n’est jamais blâmé pour un manque de rendement. Les remerciements pour service rendu autrement que comme formule de politesse sont défendues par le Code car la possibilité de rendre service est une sorte de faveur qu’offre la communauté d’exercer son talent et remettre ce que l’on a reçu. On ne s’attend pas à de la reconnaissance.

L’absence de crime et le faible nombre d’erreurs plus légères ne relèvent pas de l’enseignement d’un sens des responsabilités ou d’une loi morale découverte ou révélèe mais d’un code soumis à l’essai et retenu au succès. L’expérimentation et non le raisonnement est ce qui conduit à la connaissance de la nature humaine, aux caractéristiques génétiques de l’homme, aux possibilités de les modifier et à celles d’en créer d’autres. Expérimenter en cette matière donne lieu à une science du comportement comprenant des techniques, des pratiques ingéniérées menant les membres de la communauté à un fonctionnement en douceur bénéfique à tous.

En réalité, on expérimente pas tant que ça à Walden Two: on n’attribue pas de titre académique et on est trop peu nombreux pour sanctionner par des critères statistiques. On se fie à l’évidence. Le bonheur et la tranquilité d’esprit observable dans la communauté relève de la maîtrise de soi enseignée en bas âge qui se fait systématiquement ici et qu’accidentellement en société. Ça n’a pas à être prouvé, c’est évident. Au début d’une nouvelle science, le progrès peut être rapide sans tout l’arsenal statistique.

La nuit tombe et après un baillement évident Frazier confie au professeur que rien ne lui fait plus de bien qu’une bonne nuit de sommeil. Il ajoute que les gens ne savent plus se reposer. Quand ils tombent en vacances, ils se cherchent tout de suite quelque chose à faire. Même ceux qui acceptent de relaxer se permettent rarement de dormir tout simplement.

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