29 – Art de vivre et régimes politiques

29 – Art de vivre et régimes politiques

Il pleut sur Walden Two en ce dimanche après-midi et la marche au sommet de Stone Hill n’aura pas lieu. Pendant que Steve, Mary, Barbara et Rogers vont faire de la musique avec des membres de leur âge, Castle, Burris et Frazier se réunissent à sa chambre. Le premier a auparavant accusé Frazier d’être l’auteur de la pire machination diabolique jamais vue dans toute l’histoire de l’espèce humaine: moderne, mécanisée, managée, machiavélique et pourquoi pas méphistophélique; d’être l’artiste d’un art caché, celui de despote, en concevant et implantant un plan original déterministe.

Frazier admet qu’il est l’auteur et réalisateur du plan, non à la manière d’un architecte mais d’un scientiste à long terme qui ne connaît pas à l’avance les conditions de son sujet mais qui sait comment il les abordera. L’intelligence y demeure continuellement nécessaire pour rechercher le bien de la société et le bien éventuel plutôt qu’immédiat de l’individu par expérimentation. Castle trouve l’aventure absurde et à l’encontre de la liberté, Frazier, qu’il n’y a pas d’alternative quand on admet que la liberté est une illusion, ce que la science révèle au rythme de son évolution. Deux guerres, deux idéologies totalitaires, ont fait que le monde essaie de s’ajuster à une nouvelle conception de l’homme en relation aux hommes.

Les sciences du comportement montrent que l’homme n’est pas libre au sens où l’entendent bon nombre de philosophes. Ses technologies sont connues et utilisées depuis toujours par les charlatans, les démagogues, les vendeurs, les miliciens, les escrocs, les éducateurs, les prêtres, les psychothérapeutes, les politiciens, les publicistes. Le problème est qu’elles ne sont pas entre bonnes mains, elles sont utilisées pour l’agrandissement personnel dans un monde compétitif ou à des fins correctives futiles chez les psychologues et les éducateurs.

La probabilité d’un comportement peut être changé en jouant sur ce qui le suit. Certaines choses sont désirées, d’autres à éviter, d’autres indifférentes. Ainsi, en position de procurer les premières ou d’enlever les deuxièmes après son occurence, un agent peut changer sa probabilité ultérieure. Ceci donne lieu dans la société à une technologie behaviorale et culturelle fondée sur le renforcement positif. La punition est de moins en moins indiquée. Si elle est effective temporairement, à long terme elle ne marche pas longtemps sans un retour de la force ou de la menace de la force.

Les formes primitives de gouvernement sont fondées sur la punition, le plus fort s’impose par la force physique. Avec le passage au renforcement positif dans un monde compétitif, la récompense de l’un devient la punition de l’autre; dans une société de coopération, personne ne gagne au dépend de l’autre. Le changement de la concurrence à la coopération est difficile parce que les effets punitifs immédiats des conséquences surpassent l’avantage éventuel du renforcement positif. Il en va de même du principe d’aimer son ennemi ou de pardonner découvert sans doute accidentellement par Jésus. Le pardon supprime l’inconfort de la haine et finalement gagne le respect de l’agresseur.

Liberté. Sous renforcement positif, l ‘agent ne contrôle pas le comportement final mais l’inclinaison: les désirs, les motifs, les souhaits. Dans ce cas, la question de liberté ne se pose pas. La question de liberté se pose quand il y a restriction physique ou psychologique. C’est le contrôle par la force ou la menace de la force qui fait qu’on ne se sent pas libre, pas la simple présence de contrôle. Ce n’est pas la planification en soi qui enfreint la liberté mais la planification qui recourt à la force. Sous le principe de renforcement positif, en évitant l’usage de la force ou la menace de la force, la personne sous contrôle se sent libre.

Démocratie. En démocratie, présentée récemment comme étant le peuple souverain par droit de vote, l’électeur qui ne dispose que d’un vote n’a pas réellement de pouvoir. Il doit se joindre à un parti s’il veut gagner et le véritable gagnant est le parti, une élite de volontaires, nuance. Les partis sérieux sont tellement semblables qu’en pratique ça ne change pas grand chose à la conduite des affaires. Les électeurs sont une réserve d’énergie, non des souverains. En plus, les électeurs ne sont pas des gouverneurs habiles et ils le deviennent de moins en moins quand les affaires se compliquent, quand la science de la gouverne progresse. La chose que les électeurs savent et que l’on doit leur demander est leur appréciation de la situation dans laquelle ils se trouvent et peut-être comment ils aimeraient une autre situation. Le vote a une certaine valeur dans un village ou sur une question particulière, mais à l’échelle d’un état ou du pays, c’est une question de manipulation d’information, une fraude pieuse.

La démocratie est la semence du despotisme. C’est la dictature de la majorité, ce n’est pas la volonté des gens. Ce n’est qu’une garantie que la majorité ne sera pas gouvernée par un despote. La minorité sera gouvernée par un despote, la majorité. En démocratie, la majorité règle à sa satisfaction, la minorité encaisse. À Walden Two, une observation sérieuse de la satisfaction des gens est faite à chaque année. Il n’y a généralement pas de problème qui se règle d’une façon tout ou rien. Il est possible pour un gérant avec les planificateurs de trouver un compromis qui satisfera tout le monde. Il peut être attentif à l’insatisfaction et y voir de façon continue.

Le goût d’avoir droit de dire son mot dans la conduite de l’état est une affaire récente de la démocratie. Chacun qui sait lire ou écouter se croit un expert en gouvernance et désire se prononcer. Au début de l’automobile, chacun pouvait la réparer en cas de bris. Maintenant, on la confie à un spécialiste. À Walden, ce qui importe, c’est un quotidien dans la bonne humeur et un futur sécuritaire. Un manquement à cette condition soulève un électorat spontané et celui-ci du travail immédiatement pour les gérants et les planificateurs. S’il faut changer la constitution, ceux-ci s’en charge sans faire voter par les membres. C’est une question d’efficacité, de rapidité et de neutralité dans le traitement d’information ce en quoi le processus électoral présent n’est pas particulièrement fort.

Despotisme. Castle prétend qu’un des planificateurs ambitieux de pouvoir pourrait devenir despote puisque ceux-ci ne sont pas élus mais se sont portés volontaires et retenus entre eux pour 10 ans au début de la communauté. Prochainement, ils se choisiront des remplaçants entre eux. Il n’aurait qu’à se faire connaître pour leur CV, à se faire libérer des tâches courantes pour vaquer à des choses plus importantes, à se faire bâtir dans un coin particulier des terres en échange du même privilège pour les autres planificateurs et les gérants. Progressivement, une partie de plus en plus importante de la richesse commune leur serait allouée, sous prétexte de compétence supérieure, d’heures de travail plus longues, de réalisations exceptionnelles.

Frazier lui répond que c’est possible mais peu probable. En Indes, par exemple, les opprimés par une minorité de riches ne sont pas conscients de leur misère et de leur pauvreté et c’est comme ça depuis des siècles. Ce peuple n’est pas fort, productif, progressif. Sa culture sera remplacée par une plus efficiente. Les planificateurs savent qu’une usurpation de l’énergie commune par eux affaiblirait la communauté et pourrait même détruire toute cette belle aventure. Il ajoute en réponse au professeur que ce n’est pas plausible que les planificateurs sacrifient la communauté et se sauvent avec les fonds. Ces fonds ne sont pas très importants. La richesse de la communauté, c’est la joie de vivre quotidienne qui s’y trouve. En réponse à Castle, qui rapplique avec la question de l’usurpation de pouvoir, il affirme qu’il ne peut pas y avoir d’usurpation de pouvoir puisqu’il n’y a pas de pouvoir à usurper: pas de police, pas d’armée, pas d’armes. En terme de force pour une révolte, le peuple à Walden Two est souverain. Le pouvoir, c’est le recours à la force ou sa menace et ce n’est pas une valeur promue par sa culture renforcement positif orientée. Il n’est pas prouvé expérimentalement que l’homme doive dominer par nature. L’usurpation du pouvoir est une menace seulement dans une société compétitive. Plus la science de la gouvernance évolue, moins les planificateurs sont nécessaires. Un jour, il ne faudra que des gérants.

La démocratie n’est pas une garantie contre le despotisme, c’est juste une solution moins pire. Elle a vaincu à la deuxième guerre mondiale mais ça ne signifie pas que c’est la meilleure forme de gouvernement. Elle est fondée sur une conception erronnée de l’homme. Elle ne tient pas compte du fait qu’à long terme, l’homme est déterminé par l’état. Une philosophie de laissez-faire qui fait confiance en une inhérente bonté et sagesse de quiconque est imcompatible avec le fait observé que les hommes sont bons, mauvais, astucieux ou fous selon l’environnement dans lequel ils se sont développés. La question n’est pas qui de la société ou de l’homme est venu le premier, comme dans le cas de la poule et de l’oeuf, mais ce que nous pouvons faire à partir de maintenant, à partir du rêve d’une journée de quatre heures.

Communisme. L’impulsion humanitaire au début est un point commun entre le communisme et Walden Two. Par la suite, l’expérience menée en Russie se distingue par quatre faiblesses principales qui étaient dues au fait qu’elle était l’initiative du politique. La première fut que l’on expérimenta de moins en moins l’éducation des enfants, la formation des familles, l’abandon de la religion, la rémunération, en adoptant des pratiques propres aux sociétés capitalistes élaborées au fil des siècles. Un pouvoir politique ne peut expérimenter, il doit connaître la réponse. La Russie croit avoir atteint un sommet en développement culturel.

Deuxième chose, la Russie a surpropagandisé à l’intérieur du pays et à l’extérieur. Les Russes ne savent pas dans quelle mesure leur dynamisme est dû à une joie de vivre quotidienne satisfaisante ou à de l’endoctrination. Comme expédient temporaire, ça peut faire mais à la longue, c’est trompeur. L’endoctrination rend impossible le progrès vers une forme de société où elle n’est pas nécessaire.

Troisième, la Russie a eu recours aux héros. La première fonction du héros est de cimenter une structure gouvernementale défectueuse. Les décisions importantes ne relèvent pas d’un ensemble de principes, ce sont des actes liés à une personne. Gouverner devient un art et ça dure le temps de l’artiste.

Le pire des quatre faiblesses, c’est le pouvoir. On peut soutenir que la prise du pouvoir était nécessaire parce qu’il était détenu par des oppresseurs et des intolérants mais par la suite, il fallait passer à une culture où les gens veulent se comporter comme il faut le faire parce qu’ils acceptent de travailler pour leur bon mutuel. Pour parvenir au communisme, les Russes ont emprunté les techniques du capitalisme. D’un côté, ils ont mal géré les récompenses, de l’autre, ils ont conservé la punition ou sa menace.

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